Contrôle des courants de court-circuit

 But de cette mesure

16 A / 1,5 mm2 le point sur la question

La NIBT découlant des normes européennes permet clairement et sans ambiguïté de poser des fils de 1,5 mm2 de section en aval de disjoncteur 16 A (sauf en méthodes de référence A1 ou A2). Toutefois il n‘est pas rare de rencontrer des contrôleurs qui ne se sont pas mis au courant ou qui par habitude au temps où c‘était plus simple d‘interdire que de tenir compte du mode de pose refusent des installations faites en 1,5 mm2. Parfois sans même faire de mesure !

S‘il n‘est pas dérangeant qu‘un installateur tire des fils trop gros, il en va autrement du contrôleur qui faisant un contrôle périodique ou de réception décrédibilise, souvent à tort, l‘installateur.

En haut les courbes du temps qu’il faut à un conducteur pour atteindre 150°C en fonction de l’intensité du courant que le traverse, superposées aux caractéristiques du temps de coupure maximum d’un disjoncteur 16 A de caractéristique B, C et D. On voit clairement que pour des courants de 100 à 160 A le temps de coupure d’un disjoncteur C peut être trop élevé. C’est souvent une raison évoquée par ceux qui restent avec l’idée que le 2,5 mm2 c’est mieux et ceci souvent sans faire aucune mesure.

Évidemment que 2,5 c’est mieux que 1,5… et 4 c’est mieux que 2,5… Généralement ceux qui pensent que le 2,5 c’est mieux ne remplacent pas les fils de 1,5 des circuits lumières et prises par du 2,5 pourtant de longueur et de durée d’emplois plus importantes. Il est fort probable que, dans un avenir assez proche, l’habitude dans nos installations passe également par des groupes 16 ampères pour les circuits de prises.

Voici quelques considérations qui devraient permettre aux plus sceptiques de mieux comprendre pourquoi la NIBT autorise cette section de 1,5 pour des lignes sans groupement – même avec risques de surcharge – lorsqu’elles ne sont pas en méthode de référence A1 ou A2 (dans de l’isolation thermique).

  1. Lorsqu’on fait la mesure du Icc, on multiplie cette valeur par le coefficient 0,66 comme ceci a été dit précédemment. Cela a pour effet de diminuer la valeur présumée du courant de court-circuit, avec parfois un résultat inférieur à 160 ampères. Toutefois nous avons vu que ce facteur pouvait être modifié pour de petits courants de court-circuit. En fonction de la caractéristique (les erreurs) des appareils de mesure, on peut donner par exemple la valeur de 0,72 à ce facteur. Lors d’une lecture sur un appareil de mesure d’une valeur de 230 A (compatible avec les valeurs usuellement mesurées dans une cuisine) l’application du coefficient inadapté de 0,66 donne un courant 150 ampères ce qui invaliderait la conformité de l’installation, alors qu’en corrigeant comme il se doit le facteur à 0,72 (selon le type d’appareil de mesure) le résultat du calcul donne un courant de 165 qui met en évidence la conformité de l’installation.
  2. Les habitudes étant ce qu’elles sont, les contrôleurs utilisent par défaut un facteur k en lui donnant la valeur 115. Ce facteur est prévu pour un conducteur cuivre isolé au PVC dans un câble posé en toron initialement à 70 °C. C’est évidemment le cas le plus défavorable : lorsque la ligne est chargée à 100 % (soit 16 A en permanence depuis plusieurs dizaines de minutes dans ce cas) il lui faudra moins de temps pour atteindre la température limite.Toutefois il est déraisonnable d’imaginer qu’une canalisation en PVC puisse atteindre la température de 70 °C sans que le  thermique du disjoncteur ne soit lui aussi monté en température et donc diminue également son temps de réaction.Comme on le voit sur la courbe suivante, pratiquement c’est uniquement si le thermique du disjoncteur est froid (env. 15 à 30 °C) que le disjoncteur met aussi longtemps avant de couper. Par contre si le  thermique est à 70 °C, comme la canalisation, alors le temps de coupure est très nettement plus court que le temps mis par le conducteur pour atteindre la valeur de 150 °C.

    La NIBT prévoit de prendre un facteur k égale à 143 si le conducteur isolé au PVC est posé en torche mais à 30 °C seulement. Dans ce cas, le temps de coupure du disjoncteur C 16 A est toujours inférieur au temps que met le conducteur pour atteindre 150 °C. Avec l’application correcte du facteur k ou en prenant en considération l’échauffement du thermique du disjoncteur on voit que l’installation est à nouveau conforme avec une protection par disjoncteur C 16 A avec en canalisation en 1,5 mm2.

  3. Pour des canalisations en fils, très souvent on oublie aussi que la température maximale admissible un court instant pour une isolation en PVC est de 160 °C et non pas de 150°C. Là encore le temps pour atteindre la température limite est augmenté et l’installation est conforme.
  4. De plus en plus, les installateurs posent des câbles sans halogène, qui supportent des températures plus élevées. Là aussi l’application de la norme garantit un niveau de sécurité adéquat.
  5. La formule n’est valable que pour des temps très courts, c’est-à-dire inférieur à 5 secondes, car au bout de quelques secondes on commence déjà à avoir des échanges thermiques avec l’air et cela diminue l’augmentation de température. Dans cette plage de 100 à 160 ampères le temps de chauffe commence à dépasser les 2 secondes et l’augmentation de température est plus lente que ce qui est donné par le résultat obtenu par la formule citée plus haut.
  6. Si on traite le cas avec un point de vue statistique, on peut remarquer pour que l’installation soit dangereuse il faudrait que la mesure du Icc soit spécialement basse, il faut aussi des conducteurs chauds et un disjoncteur froid (par exemple posé à l’extérieur et ventilé) ce qui est très rare. En plus il faut un court-circuit phase – neutre et non pas phase – PE, ce qui est, même si ce n’est pas impossible, d’une très grande rareté. Il faut également que le défaut produisant le court-circuit soit à l’endroit électriquement le plus éloigné ce qui n’est vraiment pas de chance ! Pour finir on sait aussi parfaitement qu’il y a une marge de sécurité quand on parle de protection, si on a à faire à un défaut aussi peu probable dans une installation aussi peu réaliste et que le fil isolé au PVC atteint 170 °C durant moins d’une seconde, que va-t-il se passer de dangereux, sinon rien ?
  7. Cette étude ne serait pas complète s’il n’y était pas fait mention de l’expérience. En effet, si en Suisse cela ne fait que 22 ans que l’on peut protéger une ligne de 1,5 mm2 par un disjoncteur de 16A sans aucune diminution de la sécurité, il ne faut oublier que le reste de l’Europe a fait des millions d’installations de ce genre et si cela était un tant soit peu dangereux, cela se saurait….
Sources : Infos : 2075
NIBT 2015 : 4.1.1 ; 4.3 ; 4.4 ; 5.2.3.1 ; 5.2.3.1.1.15 ; 6.1.3.6

Denis Schneider
CPMB – Colombier